Région Réunion
Logement social : face à l’effondrement de la LBU, la Région mobilise le FEDER
Alors que les financements traditionnels du logement social se contractent fortement à La Réunion, la Région vient de lancer un nouvel appel à manifestation d’intérêt pour financer la construction et la rénovation de logements sociaux.
Alors que les financements traditionnels du logement social se contractent fortement à La Réunion, la Région vient de lancer un nouvel appel à manifestation d’intérêt pour financer la construction et la rénovation de logements sociaux. Une réponse européenne destinée explicitement à venir en complément de la LBU.
Les chiffres racontent à eux seuls l’urgence.
À La Réunion, des dizaines de milliers de ménages attendent un logement social. Les besoins augmentent, les délais s’allongent et la construction ne suit plus.
Dans le même temps, la Ligne budgétaire unique, la LBU, principal outil financier de l’État consacré au logement social dans les Outre-mer, connaît une baisse spectaculaire.
Face à cette situation, la Région Réunion tente désormais d’ouvrir une nouvelle source de financement.
Depuis le 17 août 2026, elle a lancé un appel à manifestation d’intérêt consacré à la construction et à la rénovation de logements sociaux abordables, en mobilisant des crédits européens FEDER.
Et le lien avec la crise de la LBU est assumé noir sur blanc.
De 85 millions à 27 millions d’euros
La situation de la LBU est devenue l’un des principaux motifs d’inquiétude du secteur.
Selon les données reprises par le CESER Réunion, son niveau pour l’île serait passé de 85,65 millions d’euros en 2024 à 78,5 millions en 2025, puis à une perspective d’environ 27 millions d’euros en 2026.
La Région elle-même évoque désormais officiellement une LBU tombée à 27 millions d’euros en 2026 contre 85 millions en 2024.
Or les besoins, eux, ne diminuent pas.
Au 31 mars 2026, le CESER recensait plus de 53 000 demandeurs de logement social à La Réunion. Dans le même temps, les bailleurs avaient identifié 55 opérations prêtes, représentant 1 832 logements neufs et 1 162 logements à réhabiliter, pour un besoin de financement estimé autour de 70 millions d’euros.
Le problème n’est donc plus seulement de trouver des projets.
Des projets existent.
Le problème est aussi de parvenir à les financer.
La Région ouvre un nouveau dispositif le 17 août
C’est dans ce contexte que la Région vient de lancer son nouvel appel à manifestation d’intérêt 01-2026, au titre du programme FEDER-FSE+ 2021-2027.
Il est ouvert depuis le 17 août 2026 et les bailleurs ont jusqu’au 16 octobre 2026 à 12h pour déposer leurs propositions.
L’objectif affiché est particulièrement clair : utiliser les fonds européens pour prendre en charge une partie des surcoûts de construction et de rénovation qui empêchent certaines opérations de logement social d’aboutir.
Plus intéressant encore, la Région écrit explicitement que ce nouveau financement doit venir en complément de la LBU.
Autrement dit, le nouveau dispositif européen ne remplace pas officiellement l’intervention de l’État.
Il tente de compléter un mécanisme devenu insuffisant pour permettre aux opérations de sortir de terre.
Quels logements pourront être financés ?
Le dispositif ne concerne pas uniquement les logements familiaux classiques.
La Région prévoit de soutenir la construction ou la rénovation de plusieurs types d’habitat social :
logements familiaux, résidences sociales, logements étudiants ou encore résidences destinées aux personnes âgées.
Les bénéficiaires sont principalement les bailleurs sociaux réunionnais et les organismes habilités à produire du logement social.
Le FEDER pourra intervenir sur les dépenses de travaux identifiées comme des surcoûts par rapport au plan de financement initial établi pour la LBU, y compris certaines révisions de prix.
L’intervention européenne est toutefois plafonnée à 1,5 million d’euros par projet.
La Région veut ainsi soutenir des opérations déjà fragilisées par l’augmentation des coûts et les difficultés de bouclage financier.
172 500 logements nécessaires d’ici 2050
L’urgence dépasse largement les opérations actuellement en attente.
Une étude de l’Insee et de la DEAL estime que La Réunion aurait besoin de construire 172 500 logements entre 2021 et 2050 si les tendances démographiques et les modes de cohabitation actuels se poursuivent.
Sur ce total, 29 500 logements seraient déjà nécessaires pour répondre aux situations actuelles de non-logement ou de mal-logement.
Pour répondre à l’ensemble des besoins, il faudrait construire en moyenne environ 5 900 logements chaque année sur la période.
La comparaison avec la situation du logement social est préoccupante.
La Région indique que les demandes ont augmenté de 61 % entre 2016 et 2024, pour atteindre 49 100 ménages demandeurs en 2024. Le délai moyen d’attribution est passé de 16,4 mois en 2023 à 18 mois en 2024 et la collectivité évoque environ six demandeurs pour un logement attribué.
L’Europe peut-elle compenser le recul de l’État ?
C’est probablement la question centrale de ce nouvel appel.
La Région mobilise aujourd’hui le FEDER pour éviter que certaines opérations ne restent bloquées à cause de leurs surcoûts.
Cette intervention peut débloquer des programmes et permettre à des logements d’être construits ou rénovés plus rapidement.
Mais elle soulève également une question de fond.
Les fonds européens peuvent-ils durablement compenser la diminution des crédits nationaux consacrés au logement social ?
La Région présente le FEDER comme un financement complémentaire à la LBU, et non comme son substitut.
C’est une nuance essentielle.
Car si la LBU continue de diminuer, le risque serait de voir les financements européens utilisés de plus en plus pour combler un manque plutôt que pour apporter un véritable effet supplémentaire.
Derrière les financements, une urgence très concrète
La bataille budgétaire peut paraître technique.
LBU, FEDER, fiche action, surcoûts, plan de financement : les sigles sont nombreux.
Mais derrière eux se trouve une réalité beaucoup plus simple.
Des milliers de Réunionnais attendent un logement.
Des opérations sont prêtes.
Des bailleurs sont capables de construire.
Et une partie des programmes peine aujourd’hui à trouver l’équilibre financier nécessaire pour démarrer.
Le nouvel appel lancé par la Région constitue donc une réponse concrète à court terme.
Il faudra maintenant observer combien de projets seront retenus, combien de logements pourront réellement être débloqués et surtout à quelle vitesse ils sortiront de terre.
Car au bout de la chaîne, ce n’est pas le nombre d’appels à projets qui compte, mais le nombre de clés remises aux familles réunionnaises.
Sources : Région Réunion, CESER Réunion, Insee, DEAL.